- Non, pas déjà ! Nous n'avons même pas eu le temps de faire connaissance ! Se lamenta-t-il, l'air faussement attristé. Quel est ton nom, ma jolie ?
- Ne lui répond surtout pas ! Montre-lui que tu n'as pas peur de lui, m'ordonna maintenant Emmanuel.
J'obéis, confuse.
- Je n'ai absolument pas le temps de faire connaissance avec de pareils idiots !
Les tremblements dans ma voix me trahissaient aisément.
- Je ne t'ai pas dit de les provoquer, non plus ! S'entêta le blond en se tapant le front d'une main, levant les yeux au ciel.
Je trouvais la circonstance assez rigolote, mais la peur fit surface.
Le chef de la troupe haussa les sourcils, faussement étonné.
- Oh ! Alors tu as le culot de nous traiter ainsi, tant dis que nous, nous agissons comme de vrais gentils-hommes ? Mmm, ça, ce n'est pas très gentil...
Il s'approcha de moi, lentement, un sourire narquois aux lèvres. Je l'évitai, reculant un peu plus vite que lui. Qu'avait-il l'intention de faire, avec moi ? Y pensant bien, je frémis, affolée.
Emmanuel semblait aussi effarouché que moi. Ce n'est pas lui qui est dans ma peau !
- Tu as peur ? Me demanda le chef, une moue ironiquement inquiète au visage.
Il approcha lentement sa main à m+a joue, très délicatement. Mon c½ur ne cessait de vouloir se contenter d'un rythme normal.
- Cris ! M'ordonna Emmanuel. Cris de toutes tes forces !
Le dévisageant, j'avalai ma salive, esquivant la main de l'agresseur.
Et c'est là que j'aperçus la couleur des yeux d'Emmanuel. Cette fois, je ne m'abuse pas. Ses yeux ont encore varier de couleur ! En l'occurrence, ils étaient d'une couleur d'encre. Ça en faisait presque peur. Je n'étais pas folle ! Cette fois, il ne pourra pas m'échapper !
- Mais qu'est-ce que tu fais ? Obéis et maintenant !
La main du garçon était fin poser sur ma joue. Il me tira par le bras, m'attirant de force vers lui.
Aussitôt, j'ouvrai la bouche et essayai de lancer un cri d'alarme, mais une boule dans ma gorge l'interrompit.
Les quatre garçons rigolèrent au éclat.
- Mais que tentes-tu de faire là, toi ? Tu n'essaierai pas d'appeler à l'aide ? Rigola le brun, le chef.
Encore une fois, des rirent monstrueux me retentirent dans les oreilles.
- Il n'y a personne à l'entoure, ma belle, continua le garçon en me désignant de sa main, aucune maison, aucune voiture. Nous somme seuls, toi, moi et mes copains, c'est amusant, tu ne trouves pas ?
Il caressait mes cheveux comme si j'étais un chaton. J'aperçus un liquide chaud couler sur mes joues. Je pleurais.
- Tracy ! Mais qu'est-ce que tu attends, défend-toi, bon sang ! Hurla Emmanuel, plus alarmé que jamais.
J'ai eus alors la soudaine idée de porter mes dents à la main qui recouvrait ma bouche et de la morde de toutes mes forces, jusqu'à ce qu'il finisse par me laisser brusquement tomber par terre, hurlant sa douleur.
- C'est bon ! Maintenant, lance un cri d'alarme !
Un cri strident – trop – pour les oreilles leurs valut une grimace.
- La-ferme ! M'ordonna le plus grand, les mains plaquées sur ses oreilles.
J'ignorai sa demande – si je puis appeler cela ainsi – et continuai, sans inquiétude pour leur conséquence.
Les quatre finirent par courir, percevant des glapissements de chiens aux alentours. Ils s'aventurèrent ainsi dans la forêt obscur, sans dire un au revoir.
Mon cri s'estompa et, tremblante, je m'écroulai sur le sol. Je restai figée ainsi jusqu'à ce qu'Emmanuel vint s'accroupir à mes côtés, inquiet.
- Est-ce que ça va ? Osa-t-il après quelques minutes de silence.
J'avalai ma salive, refusant de dire quoi que ce soit. Titubante, je me relevai, mais mon pied entremêla mon autre, malhabile et je me vus m'écrouler sur le sol quand Emmanuel eu le réflexe d'enrouler son bras autour de ma taille pour m'attirer vers son torse.
Mais attention ! Rit nerveusement Emmanuel, la voix chevrotante lors du contact entre son torse et mon dos.
Il m'avait l'air, sois extrêmement étonné, sois inquiet. Ses réactions étaient si incompréhensibles.
Après m'avoir aperçus à qui appartenaient ces bras autour de ma taille, je les retirai aussitôt, froidement.
- Lâche-moi !
Et je fis volte-face, fulminant, quittant à pas rapide, mais malhabile, le parc, mâchoires et points serrés.
J'étais en colère, certes, mais il me devait certaines explications et j'eus peur que ma colère le fasse fuir. Qu'il ne veuille plus me revoir. Surtout après l'incident qui venait de se produire. Je ralentissais le pas, anxieuse malgré moi, mais continuai ma course, car des pas accélérées, j'entendais derrière moi. Ceux d'Emmanuel, me poursuivant.
S'il avait l'intention de me suivre, j'avais l'intention de fuir. Des larmes coulèrent encore sur mes joues, mais elles étaient là car la colère fit surface. Il me suivit ainsi, sans un mot, très discret. Il était si silencieux ! J'osai un léger coup d'oeil derrière moi, question de vérifier s'il était toujours au rendez-vous. Et il l'était.
Rendus devant la maison, des lumières s'ouvrirent à l'instant où je posai un pied sur le balcon.
Malheur !
Ma mère ouvra la porte à une vitesse effrayante, les points sur les hanches, les lèvres ne formant qu'une sorte de coeur. Elle aussi, n'avait pas remarquer la présence d'Emmanuel. Pourtant, moi, je l'aurais discerné dans une foule d'un million de personnes.
- Je t'attend au salon, dit-elle calmement, bien que je savais qu'elle fulminait de rage.
Et elle entra alors dans la maison, ne refermant pas la porte, me laissant libre d'entrer.
Je me retournai et aperçus Emmanuel souriant narquoisement, debout dans le parking. Il avança le pied et s'arrêta à peine devant moi pour me chuchoter :
- Je t'attend au deuxième. Je tiens à tenir ma promesse, cette fois.
Son souffle chaud caressa mon coup et je frémis aussitôt, frissonant.
Reprenant mes esprits, je le vis se diriger calmement vers les escaliers, que je l'interrompis aussitôt.
- Mais si ma mère te vois, je suis cuite !
Il s'esclaffa sans risque.
- Tu es absurde, Tracy ! Après avoir vus ce qui c'est passé, dans le parc ( me le rappelant, je tressaillis ) tu lances cette phrase !
Je réfléchis un peu, méditant sur le pour et le contre...
Les quatre garçons ont crus que nous étions seuls. Il n'avait pas remarquer la présence d'Emmanuel et ont crus bon penser que je parlais seule.
Ma mère aurait fait une crise cardiaque si elle avait su que je ramenais un garçon à la maison, mais, elle non plus ne l'a pas aperçut.
J'en conclus que je suis une folle à lier, souffrant de la schizophrénie.
- Ta mère n'a pas tout son temps, Tracy, me rappela le blond, maintenant rendus à la dernière marche.
Je me ressaisis et, jetant un coup d'oeil craintif à Emmanuel, j'avalai ma salive et me dirigeai vers le salon. Je m'assis donc sur le canapé, évitant le plus possible le regard qui tu de ma mère. Elle soupira, semblant complètement découragée et se pinça l'arrêt du nez.
Aie ! Tout ne va pas aller pour le mieux pour moi, ce soir !
- Écoutes, Tracy... Je t'ai permis de quitter la maison après ton couvre-feu et tu as délibérément enfreins mes règles.
- Mais maman, c'est que... tentai-je de commencer avant qu'elle ne me coupe la parole.
Il n'y a pas de mais qui tiennent, jeune fille ! Je vais diminuer ton couvre-feu d'une heure et il te sera interdit de sortir, ce week-end, déclara-t-elle d'un tond calme ( elle se contrôlait beaucoup trop ).
- Non !
-Tracy, il est vingt-deux passé ! Arrête de rouspéter et monte dans ta chambre ! M'ordonna-t-elle d'un doigt pointé vers le deuxième étage.
Je lui lançai des éclairs des yeux, puis me levai brusquement du canapé.
- Très bien ! Si c'est ce que tu souhaites tant ! Tu ne me verras pas de tout le week-end, soit en persuadée ! Hurlai-je, sans intérêt, interdite.
Elle ne répondit rien, restant de marbre à me regarder d'un air sévère.
Je lançai un cri strident, ronchonnant ma colère, tapant du pied, puis me dirigeai à grand enjambée vers ma chambre. En y entrant, je sautai sur mon lit, puis, prenant mon oreiller, je criai à tu-tête, le visage enfouis à l'intérieur. Elle me met complètement hors de moi. Je n'ai rien fait de mal ! Elle ne m'a même pas laisser le temps de me me justifier à ma juste valeur !
Soudain, un souffle de rire, j'entendis derrière moi. Je me retournai vivement, apercevant Emmanuel assit paisiblement sur une chaise, retenant ses rires, les lèvres pincées.
Je suis alors devenus euphorique en le voyant, sans vraiment avoir une raison valable... Mais, cela va de soit, je ne le laisserai pas paraître !
Je m'assis donc, en indien, sur mon lit, jouant inutilement avec mes doigts.
- Épargne un peu tes crises d'adolescentes ! La pauvre, elle ne va pas s'en remettre, dis soudainement le sublime blond, les yeux maintenant marrons.
Je le dévisageai, ignorant sa plaisanterie.
- Tes... tes yeux... bafouillai-je, le front plissé.
Il les détourna à l'instant.
- Quoi ? Demanda-t-il, plus froid que la glace.
Devant sa colère intimidante, je me tus, embarrassée.
J'ai aucune idée si je devrais avoir peur ou pas. Je le connaissais à peine... pas du tout, en fait, et lui, il sait beaucoup trop de chose à mon propos à mon goût.
Étrangement, aucun mot me vinrent à la bouche, contrairement à ce que je pensais, tout à l'heure. J'avais confectionné un interrogatoire, mais je dois dire que ma soirée avait été beaucoup trop tourmentée à mon goût et je fus prise de fatigue. Je crachai un bâillement monstrueux qui lui arracha un sourire.
- Je crois que tu devrais te reposer, Tracy, remarqua Emmanuel d'un sublime sourire.
Je hochai le menton.
- Tu ne t'en sortiras pas comme ça ! Le menaçai-je à basse voix.
Il roula les yeux, soupirant.
- Je sais, je te dois un minime d'explication... d'accord, de gigantesques explications, mais là, tu dois dormir. Je repasserai demain, promis.
- Mais ma mère ?
Il s'esclaffa.
- Tu n'as donc encore rien compris ! Je te croyais plus observatrice que ça !
Un autre bâillement épouvantable sortit de ma bouche.
- C'est que... je suis un tantinet... épuisée... marmottai-je, les yeux se refermant sur eux même.
- Un tantinet ? Rit Emmanuel, ne croyant pas du tout qu'un tantinet convenait à décrire mon épuisement.
Je hochai la tête, acquiesçant pendant que lui, avant de se volatiliser par ma fenêtre, me jetai un coup d'oeil intrigué, mais finit par sourire, apaisé.
- Bonne nuit, chuchota l'ombre dans la fenêtre, un accent de tendresse dans la voix.
Je me laissai tomber sous les couvertures, complètement vidée.